Ployant comme Quasimodo sous l'atmosphère lourde, Johnny Rotten coupa net à la curiosité de la foule par une torsion du cou. Il s'accrochait au pied du micro ; de la glace, des gobelets en papier, des pièces, des livres, des chapeaux et des chaussures volèrent vers lui comme attirés vers le vide. Il se plaignit de la qualité des « cadeaux » ; un parapluie parfaitement roulé atterrit à ses pieds. « Ca ira », dit-il.
Sid Vicious était là pour harceler la foule ; deux fans grimpèrent sur scène et lui mirent le nez en sang. Représentation d'une représentation, même maculé de son propre sang, le bras bandé à cause d'une entaille qu'il s'était infligée, il était étrangement absent : ça n'arrivait pas vraiment. Durant des décennies, les romans rock bon marché s'étaient terminés par une scène du Rameau d'or de Frazer, le rituel de la star dévorée par ses fans, et Sid Vicious priait pour ça, pour avoir l'absolue confirmation qu'il était une star. A quelques pas de là, Johnny Rotten se régalait des espoirs que la foule avait apportés avec elle.
Paul Cook se cachait derrière sa batterie. Steve Jones avait l'air de jouer d'une usine à guitares, pas d'une guitare, on ne pouvait croire qu'il n'y avait que trois instruments sur scène. La scène était remplie de fantômes ; chanson après chanson, Johnny Rotten faisait crisser ses dents.
Et maintenant? à suivre mais sans SID :(